La tradition brune de la CDU de Biedenkopf

Extrait de l'article écrit par By Ulrich Rippert le 31 January 2005 et ayant pour titre: "Germany: behind the ultra-right provocation in Saxony’s parliament"

 

 

Les raisons expliquant l'ajout des deux voix du NPD dans les votes politiques importants au parlement d'état de la Saxe se trouvent dans la CDU (union démocratique chrétienne). Depuis la réunification allemande, la CDU de la Saxe fut fortement influencée par la figure de Kurt Biedenkopf. De 1990 à 2002, Biedenkopf fut le premier ministre Président de l'état, et son gouvernement a toujours été une forteresse protegeant les politiciens d'extrême-droite. Le ministère de la justice fut longtemps dirigé par Steffen Heitmann, faisant souvent les premières pages en 1993 à cause de ses propos xénophobes. Malgré  sa sombre notoriété, le chancelier conservateur du moment, Helmut Kohl, (CDU), a étonnamment proposé cet avocat allemand d'église comme candidat pour le poste de président fédéral.

 

Après une visite à Stuttgart et dans quelques autres villes ouest-allemandes, Heitmann avait expliqué que, basé sur le pourcentage élevé des ouvriers immigrés, il "a été franchement frappé par cette menace étrangère en Allemagne," et il en était venu à la conclusion que les "Allemands doivent être protégés face à tant d' étrangers!" Ces propos l'ont forcé à retirer sa candidature pour la plus haute fonction publique d'Allemagne mais malgré cela, il put rester ministre de la justice en Saxe pendant encore sept années supplémentaires! Son successeur, Manfred Kolbe, est issu de la branche d'extrême droite de la CSU de Bavière. Il vient d'une famille de la Saxe, qui est passée à l'ouest en 1959.

 

À cet égard, un coup d'œil sur Kurt Biedenkopf et sur sa carrière politique est également édifiant. Fils d'un leader du parti national socialiste, industriel et militaire -  son père, Wilhem, était un directeur technique des usines Buna à Schkopau pendant le Troisième Reich. L'usine appartenait alors au Groupe d'I.G. Farben. En 1967, Biedenkopf junior, qui etait né en 1930, obtient un doctorat et un maîtrise en droit. Il poursuit son effort et devint le plus jeune recteur d'université de la République fédérale à l'université Bochum dans la Ruhr. Cinq ans plus tard, il est le sécrétaire général de la CDU.

 

Un de ses plus éminents sponsors politiques fut le Dr. Fritz Ries. Ries, est un industriel qui fit du parti Nazi dès 1934. Il a engrangé une fortune gigantesque grâce à son rôle de "fournisseur des forces armées"; il est l'exemple type de cette couche de la société allemande qui a profité de la guerre. Pendant la même période, il s'est aussi spécialisé à exproprier des entreprises juives, en suivant la ligne de la politique Nazie, et puis à employer comme travailleurs forcés les juifs afin de maximiser les profits.

 

L'auteur Bernt Engelmann écrit à son sujet: "en agissant de cette façon, par exemple, en expropriant la seule usine de caoutchouc de Silésie du Nord située à  Trzebinia (Galicie occidentale), il a pu utiliser, selon un rapport de prison du 30 juin 1942, un total de 2.653 travailleurs forcés juifs, dont 2.160  femmes et jeunes filles. C'est principalement par l'utilisation de ces travailleurs forcés, exploités avec une cruauté impitoyable, que la production des usines de Trzebinia fut multipliée par 12." (Bernt Engelmann, Schwarzbuch : Strauss, Kohl Et Cie., Cologne, 1976).

 

En Pologne, à Lodz, Ries mit la main sur une immense entreprise "aryanisée" avec 15 laminoirs. Peu de temps avant la fin de la guerre, il organise sa fuite devant l'avancée de l'armée rouge et il parvient à se réfugier à l'ouest avec presque toute sa fortune. Ce n'est pas tout: après la reddition de l'Allemagne nazie, il a le culot de se fair passer pour un "réfugié".  Sous le gouvernement d'Adenauer, il introduit une demande de dédomagement pour la perte de ses usines- devenues alors la possession de l'Armée Rouge -et il obtient gain de cause. Avec l'argent ainsi accumulé, il fait construire les usines de Pegulan dans la région de Pfalz.

 

Aux côtés de Kurt Biedenkopf, parmi les politiciens soutenus systématiquement par Ries dans les décennies d'après-guerre figurent le futur chancelier Helmut Kohl (CDU) et le ministre Président de la Bavière  Franz-Josef Strauss, aussi Président de la CSU. En 1979, Biedenkopf épouse Ingrid, la fille de Ries. Ensemble, ils ont dirigé le gouvernement de la Saxe après la réunification allemande, comme si c'était un "business familial" ainsi que l'écrit Der Spiegel en 2001.

 

Il n'y a donc pas de surpise ni rien de nouveau dans les liens qui existent entre la CDU et les cercles fascistes d'extrême droite. Dès lors, les derniers appels pour "l'union de toutes les forces démocratiques" ne sont qu'un leurre pour perpétuer le jeu de l'extrême droite.