Hommage aux Belges qui ont aidé les Juifs

pendant l'occupation nazie.

En fait je dois vous avouer humblement que j'ai la sérieuse impression non pas de venir vous faire découvrir les événements mais au contraire de me retrouver comme l'élève qui vient plancher devant un tapis d'experts tant je suis sûr que beaucoup parmi vous connaissent bien mieux que moi ce dont je vais parler!

Cette année fut l'occasion de nous souvenir avec émotion de la fin de l'horreur des camps nazis d'extermination du peuple juif. Si vous me permettez de comparer cette période avec l'hiver, symbole du froid et de la mort, aujourd'hui, grâce à l'initiative de Madame Kenigsman, je voudrais plutôt vous parler de ce qui se passait en dehors des camps pour préparer le printemps et notamment la vie prometteuse de l'Etat Juif qui s'est choisi le nom d'Israël.

A propos de printemps ou d'Aviv comme on dit en hébreu, savez que cette nuit même à 5 heure 9 du matin en tenant compte du changement d'heure qui a lieu cette nuit, aura lieu la nouvelle lune qui sert en quelque sorte de repère pour fixer la nouvelle année biblique, celle dont il est question à l'époque de la Pâque libératrice du peuple hébreu hors de l'esclavage d'Egypte. N'est ce pas un magnifique symbole, près de 3500 ans après la sortie d'Egypte, de pouvoir parler du sauvetage du peuple juif, descendant de ce même peuple hébreu.

Comme le dit l'Ecclesiaste: "Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il une chose dont on vous dise: Voici ceci, c'est nouveau! Elle a déjà eu lieu dans les siècles qui nous ont précédés. On n'a point souvenir du passé, et ce qui arrivera dans l'avenir ne laissera pas de souvenir chez ceux qui viendront dans la suite."

Un autre symbole que je voudrais vous faire découvrir, si pendant un instant vous acceptez avec moi de faire commencer la nouvelle année au mois d'Aviv, aviez vous déjà remarqué qu'en Israël, chaque nouvelle année biblique est annoncée par une floraison spectaculaire dans tout le pays? Ne peut-on pas faire un parallèle entre cette floraison et les actions entreprises par des hommes, des femmes et même des enfants pour sauver un peuple précieux sur la terre par opposition à l'hiver de mort que voulait imposer l'idéologie satanique du nazisme.

A ce sujet, la Belgique a eu le privilège d'être un acteur doué d'une certaine efficacité. En effet, on estime la communauté juive de Belgique à environ 50,000 personnes au début de la guerre; dans ce nombre il faut aussi compter de l'ordre de 20,000 immigrants de fraiche date venant souvent d'Allemagne et de Pologne suite à la crise économique et à la montée du nazisme. Près de la moitié de cette communauté, dont 5000 enfants a pu être sauvés grâce aux efforts coordonnés de belges qui venaient d'horizon souvent fort différents: il y avait évidemment des membres d'organisations juives clandestines, mais aussi des communistes, des nobles, des non croyants et des croyants et le tout couronné par la famille royale encore présente en Belgique.

On signale qu'à cette époque, la région de Charleroi et notamment la commune de Marcinelle ont joué un rôle stratégique pour la confection de papiers d'identité belges à l'intention de la population juive. Un des moyens originaux utilisés est de ne pas déclarer les décès de belges mais au contraire de prolonger en quelque sorte leur vie administrative par personne juives interposées. Les papiers d'identité sont en effet immédiatement confiés à des juifs.

Mais il ne suffit pas de papiers pour être sauvés, il faut aussi être nourris et abrités; c'est là que s'organisent des réseaux clandestins de sauvetage qui repéraient et guidaient les familles, éventuellement divisées pour les rendre plus discrètes, vers des familles ou des centres d'accueil où les juifs se fondirent dans le décor.

Un des réseaux les plus actifs est sans nul doute celui du Comité de Défense des Juifs, le CDJ, animé par Ghert Jospa et sa femme. Ghert Jospa est un juif communiste originaire de Roumanie qui sera également très actif dans la résistance contre l'occupant.

Ghert Jospa reçoit rapidement la collaboration du professeur Perelman de l'Université Libre de Bruxelles.

D'un autre côté, des responsables de l'église catholique se font un devoir de recueillir des enfants pour qu'ils échappent aux déportations; ce fut le cas dans la région de Bruxelles du Père Bruylants d'Anderlecht qui sauvera près de 80 enfants, de l'abbé De Breucker à Schaerbeek qui fera éviter la déportation à plus de 250 enfants; l'abbé Froidure de son côté abrite dans son internat 100 enfants.

Et puis il y a aussi la population belge qui recueille et cache ici et là des familles et des enfants.

Il faut aussi se rappeler comme je l'ai dit auparavant qu'environ 20,000 juifs sont arrivés de fraiche date en Belgique en tant que réfugiés politiques ou que main d'oeuvre immigrée; leur protection est plus difficile compte tenu de leur mauvaise connaissance des langues et coutumes locales. Ceux là sont particulièrement aidés par des mouvements tels que le secours rouge et l'Union progressiste des Juifs de Belgique. Il faut se rappeler que le communisme est relativement puissant en Belgique; le célèbre Orchestre Rouge animé par Léopold Trepper n'est-il pas actif depuis Bruxelles?

La Reine Elisabeth, de naissance autrichienne rappelons le, a non seulement fait recueillir et protéger de nombreux juifs mais de très nombreuses fois, elle est intervenue pour faire libérer in extrémis des familles juives de la caserne Dossin à Malines.

Le CDJ, comme je l'ai dit plus haut , grâce à un comité de 16 personnes sous la direction d'Yvonne Jospa, avec la collaboration notamment d' Esta Heiber, Ida Sterno, Andrée Herscovici et Fela Perelman ont collaboré au sauvetage d'environ 3000 enfants juifs soit en prenant l'initiative de les mettre dans un lieu de protection soit en participant au soutien financier pour couvrir les frais d'entretien. Toute une organisation a été montée avec des convoyeuses qui amenaient les enfants vers les endroits d'accueil, des payeuses qui passaient régulièrement pour payer la pension des enfants et une gestion précise et très secrète de 5 carnets codés permettant à tout moment de toujours tout connaître sur les enfants protégés et sur leurs parents. L'un des carnets mentionnait son identité réelle avec un numéro code; le second son nom d'emprunt et le même code; le 3e mentionne le code et l'adresse des parents; le 4e renseigne le lieu de protection avec son code et le dernier carnet, le carnet clé fait la liaison entre les noms d'emprunt des enfants et le code des lieux de refuge. Seules trois personnes avaient accès aux trois carnets.

Chaque sauvetage est une histoire extraordinaire en soi; voici comme premier example l'histoire de Constance qui a 20 ans et travaille dans un atelier de couture tenus par des juifs. Ce couple de juifs lui fait la confidence en 1942 qu'ils vont devoir se cacher et qu'ils auraient souhaité pouvoir mettre leur petite fille Sarah en sécurité. Les parents de Constance marquent leur accord pour garder la petite pendant 15 jours. 10 jours plus tard, Constance se rend avec Sarah surnommée Simone au domicile des parents mais elle se rend compte que tout le quartier est bouclé par les Allemands. Sans perdre son sang froid, Constance donne 20 francs à un gamin pour qu'il aille prévenir les parents de Sarah du danger qui les menace et heureusement, ceux ci ont le temps de se cacher dans la cheminée pour échapper à la raffle. La nuit même, les parents de Sarah quittent Bruxelles pour Bordeaux. Constance de son côté retourne avec Sarah à la maison et ignorera tout du sort des parents jusqu'à la fin de la guerre. Sans perdre le nord, Constance empruntera un attelage et un cheval pour mettre tout le matériel de l'atelier et les biens des parents de Sarah en sécurité espérant pouvoir leur remettre tout à la fin de la guerre. Elle a git avec la plus grande confiance vis à vis de ses patrons. Les parents de Constance vont adopter Sarah et feront face à plusieurs dénonciations mais réussiront à la protéger jusqu'à la fin de la guerre. Et cette histoire a une fin heureuse avec les retrouvailles entre Sarah et ses parents à la fin de la guerre.

Je voudrais maintenant vous parler de l'histoire remarquable d'Abraham, né en 1911 à Lodz en Pologne. Il vient faire ses études d'ingénieur à l'Université de Gand en 1931. Il épouse en 1938 Tanya, originaire de Roumanie et ils ont un enfant Raphaël. Avec l'invasion allemande, Abraham suit tout d'abord les instructions de l'occupant y compris le port de l'étoile jaune en juin 42.

Mais il a la présence d'esprit de changer complètement d'attitude dès qu'il apprend les premières rafles à Anvers. Il fait partir sa femme et son fils à la campagne et les fait par conséquent rayer des régistres juifs et a bien soin de ne plus les réinscrire ensuite.

Cet homme très rationnel et conscient du danger qui menace son peuple rédige ensuite un testament en faveur de son fils et ce message est d'une telle noblesse que je ne peux m'empêcher de vous le lire afin que cela nous serve d'example à nous tous:

"Au cas où aucune personne de la liste (citée plus haut) acceptait ou se trouvait dans l'impossibilité d'accepter la tutelle: la garde de l'enfant serait confiée à un orphelinat ou à une institution sociale ou philanthropique juive, donnant le maximum de garanties concernant l'esprit de son éducation et établie de préférence en Eretz Israël. Quant à l'éducation de mon fils, le tuteur et le conseil de famille éventuel suivront les directives ci-après:

Mon fils saura qu'il est juif et qu'à la circoncision il a reçu les prénoms Raphaël Chaïm. En même temps que sa formation générale et au même titre que celle-ci, il recevra une éducation juive aussi aprofondie que possible dans le sens religieux, philosophique, et surtout national de ces mots. Il apprendra notamment à connaître: la langue hébraïque vivante, la Bible, dans le texte original, et en particulier les prophètes.L'histoire du peuple et de la nation juive depuis leurs origines, ainsi que les littératures juives.

D'une manière générale, il sera élevé dans le culte et l'amour du patrimoine spirituel juif. Il sera ainsi rendu sensible à tout idéal: la justice, la vérité, la bonté, l'amour du prochain, la probité et la droiture. L'espérance si vieille, mais toujours si vivante, du peuple juif, du retour dans sa patrie afin d'y refaire une existence nationale, non seulement spirituelle mais également matérielle, sera son espérance; il contribuera dans la mesure de ses moyens à sa réalisation.

Juif fier, il ne sera cependant pas sectaire; un individu non juif, bon et travailleur lui sera toujours plus cher, qu'un individu juif indigne. Comme juif, il ne pourra être que fidèle à l'idéal d'une humanité meilleure et aimera le bon et tout ce qui tend à s'en rapprocher. Quant au mal, il le méprisera plus qu'il ne le haïra et le combattra de toutes ses forces. J'espère que si pas moi, au moins mon fils vivra et verra la juste punition des crimes innommables que des persécuteurs odieux commettent sur nous depuis bientôt dix ans et qui actuellement paraissent dépasser les bornes de l'imaginable. Nous sommes ainsi placés en tête d'une longue liste de peuples diversement opprimés et avons ainsi le grand honneur, fort lourd il est vrai, d'incarner à la fois leurs souffrances et leurs espoirs de libération.

Le tuteur est prié de veiller à la culture physique de mon fils, autant qu'à sa formation intellectuelle, de l'encourager à cet effet, à pratiquer les sports les plus divers, développant son agilité, sa force, sa débrouillardise, et favorable à sa santé." Fin de citation.

Tout ceci fut pensé et écrit en pleine tourmente, à nous d'admirer la richesse d'enseignement valable pour notre époque où de plus en plus de peuples sont effectivement martyrisés par des gens odieux et dans une relativement grande indifférence du monde. Non il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

Mais ce n'est heureusement pas la fin d'Abraham et de sa famille. Ceci fait, il prend toutes ses précautions pour sauver sa vie en notamment changeant très souvent de place pour passer la nuit et en évitant le plus possible son domicile. En septembre 1942, alors qu'il se préparait à rejoindre ce domicile, il est prévenu par un voisin que la Gestapo l'y attend. Il fuit et décide d'entrer avec sa famille dans la clandestinité comme seule planche de survie. Tôt le lendemain, il fait aller chercher d'urgence sa femme et son fils et il fait bien car quelques heures plus tard, la Gestapo y arrivait!

Au début, la vie consiste à déménager de maison en maison mais Abraham comprend qu'il faut se séparer de son enfant pour se fondre mieux dans la clandestinité. Après avoir essuyé le refus de plusieurs familles d'accueil, sa persévérance porte des fruits et une relation de longue date, Henriette Chaumât accueille l'enfant en s'étonnant du temps mis pour venir chez elle.

L'enfant change de nom; il devient Nick et sort peu au début de peur des dénonciations.

Cet en fant fait preuve d'une grande sagacité en jouant bien le jeu et en pesant bien l'importance d'effacer provisoirement toute référence à ses origines, ignorant ses parents même en comité restreint. L'enfant et cette tante d'adoption qu'est Henriette Chaumât vont quitter la ville pour la campagne pour passer plus inaperçu. A un moment toutefois, une personne de passage proche de collaborateurs le reconnait mais heureusement cela ne sera pas suivi de dénonciation!

Au moment de la libération en 1944, les parents se précipitent pour retrouver l'enfant au ciel libre et Raphaël qui a 5 ans maintenant sait qu'il peut mettre ses faux noms au rencard et qu'il peut reconnaitre ses parents: Ce sont de merveilleuses retrouvailles. Une seule chose ne sera pas oubliée ni par Raphaël, ni par ses parents, c'est Henriette Chaumât chez qui Raphaël sejournera encore très souvent pour le bonheur de tous, y compris Henriette.

Nous allons maintenant ajouter une nouvelle pièce à ce puzzle qui permit le sauvetage de nombreux enfants juifs, cette pièce est celle de l'abbé André de Namur qui se chargeait de préparer des caches dans toute sa région où il y a beaucoup de fermes, de châteaux et de homes refuges où il était relativement facile de passer inaperçu de l'occupant. Namur et sa région devinrent ainsi une zone refuge pour les juifs clandestins.

C'est ainsi que parallèlement aux convois de la mort, mais en sens opposé on voit se former des convois de la vie.

Attardons-nous aussi ici sur quelques images illustrant cette période et destinées encore une fois à nous encourager sur la beauté du potentiel humain, celui auquel nous devrions tous aspirer.

La personne de l'abbé Joseph André est à ce point de vue remarquable. La noblesse admirable de cet homme se voilait derrière la modestie, l'humilité et l'effacement. Mais cette noblesse éclatait face aux dangers qu'il connait pendant tous les jours de la guerre quand il poursuivait avec la plus grande tranquilité et fermeté son chemin du devoir, le sentier de la vie! Assez significativement, son hôme se trouvait sur une des vielles places de la ville de Namur, la place de l'Ange. C'est dans ce hôme quasiment mitoyen de la kommandantuur allemande que vont défiler en transit et sous une bonne protection quantités de candidats à la vie.

Parmi les protégés de l'abbé André, Marcel Stamler alias Motke Shomrat, devenu en Israël guide de tourisme. Marcel est né à Anvers en 1935, ses parents qui vivaient à Cologne avaient fui le nazisme en 1934, elle obtint la nationalité belge en 1939.

Malheureusement, la Gestapo arrête le père de Marcel en 1942 et celui-ci meurt à Dachau. Sa mère est également arrêtée et emprisonnée à Breendonk et à Malines. Marcel Stamler et son frère échappent à la rafle et sont pris en charge par un membre de l'Armée blanche qui les conduit à Namur. Dans le souterrain de la gare de Namur, les deux frères sont confiés à l'Abbé André qui les recueille d'abord dans son hôme de la place de l'Ange. Ce hôme comportait une immense salle des fêtes où on trouvait en permanence 30 à 35 locataires en attente d'un abri plus sûr. Cette salle était dotée d'une armoire avec porte secrète permettant de s'échapper si nécessaire dans la maison voisine. Quelques jours plus tard, nos deux enfants prennent le chemin de l'asile de Dave où ils sont recueillis par le Docteur Fernand Arnould et sa femme Nelly, deux personnalités également remarquables que j'ai eu le privilège de bien connaître. Nous y reviendrons plus tard.

Mais revenons aux deux frères Stamler: peu de temps après, ils quittent la famille Arnould et sont conduits par l'abbé André au château d'Ostemerée où ils sont recueillis par le comte Victor de Ribeaucourt. Celui ci avait transformé une partie de sa propriété en orphelinat où se trouvaient enfants juifs mêlés avec des enfants belges. Ce passage des frères Stamler chez le comte de Ribeaucourt aura eu pour effet de connaître la Brabançonne par coeur car chaque dimanche il fallait la chanter en hissant le drapeau belge. Malheureusement un jour, le séjour fut interrompu par une descente de la Gestapo qui a emmenés les enfants juifs vers la funeste caserne Dossin. In extrémis, l'intervention de la reine Elisabeth les fait libérer et ils sont recueillis dans un orphelinat à Bruxelles. Après la guerre, ces deux enfants ont pu retrouver leur mère et ont fait leur alya en Israël.

Je voudrais revenir maintenant sur la famille Arnould. Cette famile Namuroise fut très active tant dans la résistance que dans la protection des juifs. Le Docteur Arnould travaillait avant guerre dans un Institut à Mortsel, près d'Anvers où il comptait des amis et des patients juifs. C'est ce qui l'a amené dès 1942 à être sollicité pour assurer leur protection pendant les moments dramatiques des rafles de la Gestapo.

Fernand Arnould et son épouse leur procuraient faux papiers,abris et emplois comme par example à l'hopital Saint Camille à Namur ou plus de 20 juifs se trouvaient camouflés tant parmi le personnel que parmi les malades! Un jour, les autorités allemandes ont réclamé une liste complète de tous les employés de l'hopital. Les Arnould ont fait disparaitre toute trace de leurs protégés en catastrophe et les ont cachés dans leurs maisons pendant plusieurs jours, le temps de leur procurer un nouvel abri sûr.

Comme vous le savez sans doute, Monsieur l'Ambassadeur, Fernand Arnould est en fait le père de Luc Arnould que vous connaissez et qui est un ami avec lequel j'ai été très lié pendant mes études universitaires. Après la guerre, le Docteur Arnould a continué d'oeuvrer en faveur du peuple juif, mais à ciel ouvert, et une des actions fut la création d'un camp agricole dans la région de Lesve.

Toutes ces personnalités furent déclarés justes des nations par le gouvernement Israélien, l'abbé André en 1967 et le couple Arnould en 1972.

Je voudrais terminer ce chapitre en vous racontant maintenant l'histoire très attachante de la famille Zuckerman qui a également pu être sauvée grâce à la solidarité de familles belges. Les Zuckerman étaient dès 1925 importateurs en Belgique des jouets de la firme Biehrer de Nüremberg. De ce fait, ils avaient quitté l'Allemagne et vivaient à Bruxelles. Cette famille respectait avec soin toutes les traditions religieuses pour la simple raison que c'est une famille de cohanim, de prêtres.

De part les relations d'affaires sont nées des amitiés profondes entr la famille Zuckerman et celles de ses acheteurs des Grand Bazard de Liége et de Namur, les Capelle et les Bohain respectivement.

Dès 1940, ces familles se sont organisées pour pouvoir venir en aide aux familles juives face à la menace allemande. Malheureusement au premier jour de laguerre, Louis Zuckerman est arrêté par les autorités belges avec de nombreux autres étrangers pour raison de sécurité intérieure, Louis Zuckerman est en effet de nationalité allemande. Il est emprisonné à Saint Cyprien, près de Perpignan pendant près de deux ans. Les conditions de vie à Saint Cyprien sont extrêmement dures.En 1942, les Français se préparaient à livrer la partie des prisonniers encore en vie aux autorités allemandes. Louis Zuckerman parvient à s'échapper et parvient à regagner Bruxelles après un périple à pied, en train et en vélo. Le vélo va d'ailleurs joué un grand rôle dans la vie de Mr Zuckerman pendant la guerre comme nous allons bientôt le voir.

Entretemps, sa famille fut aidée par le Grand Bazard de Liége en la personne de Mr Capelle, son directeur. Une fois la famille réunie, en 1942, les familles Capelle et Bohain ont préparé un lieu de refuge pour le Zuckerman dans le petit village Ardennais de Transinnes dans une ferme d'un proche du bourgmestre de Transinnes.Ils leur fut procuré des faux papiers d'identité et des bons de rationement. De plus, un emploi fut trouvé pour Louis Zuckerman: il fut convenu qu'il vendrait en tant que colporteurs des surplus de magasins Grand Bazard. On lui procura un vélo sur lequel il pouvait placer deux valises de marchandises qu'il allait chercher chaque semaine à Namur et qu'il écoulait dans les villages aux environs de Transinnes. Cette situation de colporteur dans un village isolé des Ardennes le rendait inoffensifs aux yeux de l'occupant allemand. La vie dans toute cette tourmente n'a pas fait oublier à la famille Zuckerman ses obligations religieuses de manger selon la cacheroute, d'également fournir le dixième de ses gains pour les pauvres autour d'eux, choses qui mettait en colère au plus haut point Monsieur Bohain, le directeur du Bazard de Namur qui savait à quel point les Zuckerman étaient dans le besoin. Mais cela faisait par contre l'admiration du Père Paul Bohain , Jésuite spécialisés dans les religions juives et de l'Islam.Tous les deux, la guerre durant, eurent de très intéréssants échanges au sujet du Talmud qu'ils pouvaient approfondir dans le texte. De manière très régulière, la famille Bohain rejoignait les Zuckerman à Transinnes pour rendre leur présence plus crédible aux yeux de la population villageoise parmi laquelle il fallait malgré tout toujours craindre une dénonciation malveillante.

Après la guerre, toute la famille Zuckerman a fait son alya et est venue s'installer à Jérusalem avec leurs 3 enfants. Madame Zuckerman s'est mise au service des personnes en difficulté dans les homes et les hopitaux où elle venait réconforter le moral des gens. Elle est décédée il y a un an. Parmi les enfants, un fils a pris la relève et est rabin et je puis vous garantir que grâce à son épouse et à lui même, le nom des Zuckerman aura difficile à s'éteindre étant donné qu'ils ont 14 enfants. Le second fils de Louis Zuckerman est malheureusement décédé des suites de blessures de guerre. La fille elle est retournée en Belgique où elle est responsable des guides touristiques pour la province de Namur.

Et tout comme la terre d'Israël fleurit chaque année comme pour annoncer de manière éclatante la nouvelle année qui commence au mois d'Aviv, de la même façon, les actions de tous ces hommes et femmes dont nous venons de parler ont fleuri un peu partout en Belgique en vue d'annoncer la naissance du nouvel Etat Hébreu dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Ceci nous amène à la deuxième partie beaucoup plus courte de l'exposé que Madame Kenigsman m'a proposé d'aborder: Pourquoi suis-je venu avec toute ma famille vivre sur cette terre, pourquoi cette démarche alors qu'à priori rien ne me destinait à cela si on prend en considération que ma famille a toujours vécu dans la région Namuroise au moins depuis le 15e siècle. La raison est fondée sur le fait que j'ai découvert que l'homme croyant sur terre doit se considérer comme un voyageur comme l'a été votre ancêtre Abraham qui l' a bien démontré puisqu'il a vécu sous des tentes en tant qu'étranger sur la terre de Canaan à l'époque. Mais attention il ne faut pas confondre voyageur et vagabond, le voyageur a une destination et un but bien précis contrairement à la personne qui erre!

Pour faire un bon voyage, il faut bien se préparer et cette préparation se fait en général à l'aide de bonnes cartes routières bien détaillées pour bien se familiariser avec la topographie des lieux que l'on va être amené à traverser. Dans le cas du croyant, cette carte routière, c'est la Bible composée notamment de la Tenah et à laquelle j'ajouterai pour ma part la Nouvelle Alliance ou Nouveau Testament.

Aviez vous déjà réfléchi à la grande similitude que l'on peut trouver entre la Bible et une carte routière? Pour bien utiliser une carte routière, il faut en connaître toutes les règles comme les symboles utilisés pour représenter les choses ou encore l'échelle pour mesurer les distances.

Et bien pour bien utiliser et comprendre la Bible, il faut en découvrir les lois et les commandements et s'y soumettre.

Ensuite, une carte utilise parfois des examples pour nous tester et pour voir si l' on a bien compris la manière dont il faut l'utiliser; de même la Bible est parsemée de nombreux récits historique pris au cours de l'histoire de l'humanité dans sa relation avec son Créateur et ces récits sont autant d'examples pour nous montrer ce qui se passe en cas de bonnes ou mauvaises utilisations des règles bibliques.

Enfin, après tout cet entrainement, nous sommes en principe prêts à entreprendre le voyage et c'est alors au tour de la prophétie de nous enseigner comme la carte routière pour d'une part savoir où nous nous trouvons et d'autre part quelle direction prendre pour arriver au but que nous nous sommes fixés!

Je dois aussi attirer votre attention que le voyage que j' ai entrepris en venant ici n'est pas un voyage du style autoroutiers comme c'est souvent le cas de nos jours; au contraire, il s'agit plutôt du style promenade à travers champs et forêt où le moindre détail peut revêtir de l'importance et doit nous inviter à méditer pour enrichir notre savoir sur le plan physique et spirituel.

Une des choses essentielles qui me semble-t-il a été très mal comprise par les grandes religions chrétiennes est l'oubli ou le rejet des lois physiques de la Tenah qui ont été si précieusement conservées par le peuple juif conformément à la prophétie et de ce fait ces mêmes grandes religions chrétiennes ont une très mauvaises compréhension des lois spirituelles que l'on trouve aussi bien dans la Tenah que dans la Nouvelle Alliance. Le sens spirituel de ces commandements n'est accessible que dans la mesure où l'on s'attache d'abord à leurs aspects physique. Il faut vivre selon le respect des lois physiques si l'on veut avoir accès à la compréhension des lois spirituelles.

Dans mon cas, j'ai petit à petit et pas à pas médité et mis en pratique les choses enseignées par la Bible et vous serez d'accord avec moi que cette démarche si on la fait dans la société Européenne vous isole assez rapidement par rapport aux habitudes de la majorité de la société. Mais si j'en reviens à ma Bible utilisée en guise de carte routière, ce changement de cap m' a amené à comprendre beaucoup mieux le sens de l'histoire et la raison d'être du genre humain sur cette terre.

Ayant donc observé d'après les événements de notre époque où nous en étions d'après la prophétie, j'ai continué à me diriger d'après la Bible et cela m'a amenés à trouver que ma destination était de mettre tout en oeuvre pour venir vivre en Judée, la partie sud de l'Etat d'Israël. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé parmi vous avec ma famille et je puis vous assurer que nous avons été très heureux de cette démarche grâce notamment à l'accueil chaleureux et efficace de la population Israélienne. Mais attention, je tiens à répéter que tout ceci n' est possible que si nous nous sommes attachés dans la mesure de nos connaissances à suivre les règles contenues dans la Bible et c'est un choix que l'on fait dans la plus grande liberté et avec une entière conviction. Il ne peut y avoir aucune place pour le doute dans ce genre de démarche qui est une démarche essentiellement individuelle.

Et si je puis terminer par une note humoristique, qui sera certainement comprise par toute personne parmi vous qui a vécu en Belgique et qui connait le tempéramment des namurois, vous avez devant vous un témoignage vivant de la lenteur proverbiale des namurois puisque comme je vous le disais un peu plus tôt cela a pris à peu près cinq siècle pour que notre famille bouge de Namur en Israël... et à ce rythme, les namurois ne risquent pas d'arriver nombreux en Israël!

Mais attention ceux qui sont arrivés se grefferont particulièrement bien car ils auront aussi difficile à partir qu'il n'ont eu difficile à venir!